Andreï Gavrilov

Si j’en parle, c’est parce que je suis littéralement subjugué par le jeu souvent virtuose de ce pianiste, pourtant d’une profondeur reconnaissable comme l’éclair en quelques notes. Je suis par exemple renversé par sa version des Variations Goldberg, sensible à vertiges et de tempi souvent impressionnants, mais servant la musique avant tout. L’une des toutes meilleures versions que je connaisse, et que je mets personnellement dorénavant tout en haut de la pile de mes admirations, avec celles de Sviatoslav Richer et de Nicholas Angelich. Virtuosité sans doute inégalable, entièrement mise au service de la fluidité du discours. Et au-delà de la technique démoniaque transmettant les diffractions de l’écriture fuguée, la substance même du clavier de Bach. 

Il excelle tout autant dans les Impromptus de Schubert ou les Sonates de Chopin. Mais Gavrilov est aussi connu pour la grande crise artistique qu’il connut en plein milieu de sa carrière et en vertu de laquelle il a décidé de stopper enregistrements et concerts pour plusieurs années d’introspection. Il sont rares dans ce cas, et récemment je pourrais citer l’exemple d’Hilary Hahn,, dont l’interruption a néanmoins duré moins longtemps que celle de Gavrilov qui s’est arrêté pendant près de huit ans.