Car effectivement, il y a bien entre autres deux manières d’aborder ces œuvres : la première, peut-être la plus évidente, est celle qui consiste à faire ressortir l’âpreté des accents et de l’énonciation beethovénienne typique de cette période du compositeur. Dans cette veine, certes Stern/Istomin/Rose, mais aussi Perlman/Ashkenazy/Harrell (ma version préférée, mais c’est personnel) ou encore bien évidemment Zukerman/Barenboim/du Pré. Et dans ces trois exemples (les meilleurs), cette veine provient d’une approche, d’une option de lecture où l’on décide sciemment de mettre au service de la partition une débauche d’énergie qu’il faut savoir tenir pour ne pas paraître surjouer.

Ici, Stern/Istomin/Rose dans le Trio à l’Archiduc (gauche) ; dans le Trio « des Esprits » (droite) :

Ici, Perlman/Ashkenazy/Harrell dans l’extrait d’un film fameux de Christopher Nupen, dans le Trio en si bémol majeur, op. 70 N°2, puis, dans l’op. 1 N°1 ; dans le Trio des Esprits, 1er mvt. ; 2e mvt. ; le 1er mvt. de l’Archiduc (une merveille) ; son 2e mvt. ;

Mais on l’oublie, il est aussi une tout autre approche, plus « apollinienne » en effet pour reprendre un terme employé dans un autre commentaire, et cette approche a été définitivement portée au pinacle par l’immortelle version du Beaux-Arts Trio. Il s’agit ici de laisser l’énergie intrinsèque de cette musique émaner de la partition elle-même, en y consacrant une précision et une clarté d’énonciation qui parfois peut faire défaut à la première veine (voire parfois certaines outrances de Jacqueline du Pré). Et c’est dans cette veine que s’inscrit la version des Capuçon et de Braley, qui développent pour ces deux Trios de 1808-1810 une justesse de vue qui est simplement confondante. Barenboim quant à lui, a pu être associé à deux versions diamétralement opposées parce qu’appartenant justement pour chacune d’elles aux deux options précitées : celle avec Zukerman et J. du Pré donc, pour la première approche, et pour la deuxième, la version qu’il a récemment enregistrée avec son fils Michael merveilleux violoniste) et Kian Soltani, fabuleux violoncelliste de la jeune génération – et dans ce cas, on est effectivement dans l’apollinien.